Review : Le pavillon d’or, de Yukio Mishima

Hello tout le monde ! Aujourd’hui, on sort complètement de la fantasy ou des romances, puisque je vous présente Le Pavillon d’Or, de Mishima, basé sur un événement historique de 1950 : l’incendie criminel dudit Pavillon, au Japon. Pour ceux qui ne connaissent pas l’auteur, Mishima est l’un des plus grands écrivains japonais du XXe siècle : il est connu pour ses nombreuses œuvres philosophiques, et pour s’être suicidé de façon spectaculaire. Un homme charmant, en somme. Maintenant, voyons le résumé !
Le résumé : « Que la Beauté puisse exister et le jeune moine s’en trouverait irrémédiablement exclu. Mais la soudaine et commune fragilité qui l’unit au Pavillon d’Or, alors que retentit au loin le bruit des bombes, scelle son destin au temple sacré.
La quête de cette ultime communion, en commettant l’irréparable, constitue sa secrète destinée. Bègue et sans beauté, il est en apparence réservé et taciturne ; le mal et la laideur sont les hôtes de son âme. Le pendant de sa souffrance physique est un ego démesuré et tyrannique qui le pousse à croire à sa mission tragique et exemplaire : atteindre le « cœur même du mal » et anéantir le sacré d’entre les sacrés par un acte de « pure abolition ».
L’incendie du Pavillon d’Or en juillet 1950 anéantissait un trésor national. En explorant les méandres psychologiques du jeune Mizoguchi, Yukio Mishima établit le mobile d’un crime qui ébranla le Japon. En arrière-plan, l’auteur livre sa vision philosophique du Beau absolu. » 
Mon avis : Ça faisait un moment que je voulais tester les classiques japonais, et je n’ai vraiment pas été déçue ! J’avais déjà lu quelques nouvelles de Mishima, mais Le Pavillon d’Or est complètement différent. C’est un roman difficile, qui peut au départ ennuyer, parce qu’on attend une action qui n’arrive jamais. Le héros, Mizoguchi, est plongé dans ses pensées, obnubilé par son bégaiement. Il faut s’accrocher pour continuer à lire malgré la lenteur du déroulement de l’histoire, et parfois relire les discours ou les pensées philosophiques de certains personnages pour bien comprendre le message qu’ils veulent faire passer.
Cependant, j’ai beaucoup aimé Le Pavillon d’Or, pour plusieurs aspects : tout d’abord, la réflexion sur la Beauté. Mishima nous peint un Mizoguchi sensible à cette Beauté, mais qui ne peut tolérer d’en être exclu. On retrouve l’éternel balancement de l’homme entre l’aspiration au Beau, à une grandeur qui le dépasse, et la tentation du chaos, de la violence et de la passion. Grâce à ce duel qu’il explique pendant tout le livre, Mizoguchi garde une sorte de puissance, même au moment de commettre l’incendie, que j’ai trouvée très impressionnante.
Mizoguchi est un personnage complexe : on voit comment le mal peut germer dans un esprit au départ naïf, timide et sensible. Le héros est d’abord bon, épaulé par son ami Tsurukawa. Mais quand celui-ci meurt brutalement, sa destinée s’inverse : sous la mauvaise influence de Kashiwagi, son autre ami, il se plonge dans le vice, et est soumis à des délires qui le poussent à commettre son crime. Puisque l’on sait déjà ce qu’il va faire, l’intérêt du livre est vraiment de suivre ce parcours, cette hésitation entre le Bien et le Mal.
Ensuite, il y a le Pavillon en lui-même : le temple est si bien décrit qu’il devient presque un personnage, c’est assez rare dans les livres. La poésie est omniprésente et accompagne chaque description. Mishima nous fait connaître son histoire, le décrit avec soin, son personnage le fantasme, rappelle sa beauté, toujours différente et immuable à la fois. Le lieu prend de la force, il devient écrasant de majesté. Je n’avais pas lu ça depuis le Manderley de Rebecca (Daphné du Maurier).
On trouve enfin un aspect historique intéressant dans ce roman. Mishima explore le traumatisme de l’après-guerre au Japon, la peur des raids aériens, la pauvreté qui s’ensuit, les gens qui se déplacent pour pleurer face au palais de l’Empereur le jour de l’armistice.
C’est donc un roman qui m’a beaucoup plu ! Je pense qu’il peut être très agréable si l’on sait ce que l’on vient y chercher : il ne faut pas le lire en espérant de trépidantes aventures ou des amours enflammées, c’est plutôt un livre qui fait réfléchir aux grandes idées du Beau, du Bien, du Mal. Mishima laisse d’ailleurs le lecteur libre de faire son jugement sur Mizoguchi.
Ma note : 19/20

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