Review : Le plancher de Joachim, Jacques-Olivier Boudon

Hellooo ! J’espère que vous allez bien, et je vous reviens aujourd’hui pour une lecture un peu particulière : ce livre sort de ce que je lis habituellement, mais il m’avait tentée, donc pourquoi pas ? Il s’agit de : Le plancher de Joachim, de Jacques-Olivier Boudon, publié aux éditions Belin. Il fait 229 pages (écrit plutôt gros). Voici donc ce que j’en ai pensé !

Le résumé : « A quelques kilomètres d’Embrun dans les Hautes-Alpes, sur les bords du lac de Serre-Ponçon, jaillit soudain un château aux allures médiévales, le château de Picomtal. Au début des années 2000, les nouveaux propriétaires effectuant des travaux découvrent, au revers des planchers qu’ils sont en train de démonter, des inscriptions. Cent vingt ans plus, au début des années 1880, le menuisier qui a monté le parquet dans les différentes pièces s’est confié.

L’homme sait qu’il ne sera lu qu’après sa mort. Il adresse un message outre-tombe et parle de lui, de ses angoisses, de sa famille, de ses voisins, faisant revivre une société villageoise confrontée au progrès économique matérialisé par l’arrivée du chemin de fer, mais aussi à l’avènement de la République. Mais c’est surtout quand il évoque les secrets des uns et des autres, quand il parle de sexualité, que Joachim Martin s’avère un témoin passionnant des mœurs souvent cachées de son temps.

On dispose de peu de témoignages directs des gens du peuple, mais cette façon de s’exprimer est totalement inédite. Qui plus est ces confessions revêtent un caractère exceptionnel. A travers son témoignage, sur lui-même et son village, c’est ainsi toute une époque qui revit. »

Mon avis : Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en commençant Le Plancher de Joachim. Il s’agit donc d’une histoire vraie, Joachim a réellement existé et a laissé des inscriptions au dos du plancher du château de Picomtal. Ici, l’historien Jacques-Olivier Boudon nous restitue les fragments de ce témoignage (encore incomplet puisque tout le plancher du château n’a pas été refait, il est possible que Joachim ait écrit ailleurs) et les analyse pour faire revivre toute la région au XIXe siècle. 

Cela a été pour moi une excellente lecture que j’ai trouvé très intéressante ! Tout d’abord, le XIXe siècle est une période historique très riche, avec de nombreux changements politiques, religieux, et c’est intéressant de sortir des dates et des chiffres pour voir comment les habitants d’un village percevaient leur époque, de quoi était vraiment faite leur vie, la façon dont ils appréhendaient le monde. Ce que nous apprenons aujourd’hui, pour eux, c’était le quotidien, et j’ai trouvé que cet éclairage personnel que donnent les habitants sur l’Histoire était extrêmement enrichissant ! L’auteur recrée toute la vie du village, parfois sur plusieurs générations, avec une précision incroyable. Le travail pour arriver à ce résultat a dû être énorme, puisque les phrases de Joachim, toutes rassemblées, ne constituent que 2000 mots : Joachim n’explique pas tout, force son lecteur à deviner ce qu’il insinue parfois, ou le laisse reconstituer les faits parce que lui-même les connaît ou n’a pas le temps de les détailler.

Ensuite, Joachim Martin, en tant qu’homme, est vraiment passionnant : il a une conscience aiguë du temps qui passe et veut s’inscrire dans le temps. Il profite de son éducation, meilleure que celles des autres villageois, puisqu’il sait lire et écrire correctement, pour confier son histoire, tout en sachant qu’il ne sera lu que par un amoureux du passé, quand lui-même ne sera plus. L’idée d’écrire au dos d’un plancher est vraiment originale, d’autant que souvent, on ne sait pas bien comment vivaient les gens du peuple : les annales sont tenues par les riches et les éduqués de l’époque, alors que Joachim n’est que menuisier. Et puis, il y a toute la réflexion autour de l’envie de laisser une trace : pour ma part, cette question me frappe souvent, et je trouve qu’il y a un vrai soulagement à l’idée de se dire que l’on peut perdurer, d’une certaine façon, à travers l’écriture.

Joachim est également un homme très observateur qui aime évoquer ses contemporains : il est au courant de toutes les histoires du village, juge les mœurs des uns et des autres, n’hésite parfois pas à régler ses comptes à coup de mots ravageurs… Il y a vraiment un côté très humain à ce livre, j’ai aimé la simplicité et l’intelligence qui percent à travers les phrases courtes et percutantes de Joachim.

Le seul reproche que je peux faire à ce livre, n’étant pas historienne, c’est que les chiffres prennent parfois trop de place : Jacques-Olivier Boudon a fait un travail remarquable, mais je n’étais pas vraiment passionnée par le fait de savoir que telle famille a eu X hectares en 1896, puis Y en 1897, qu’elle payait X francs d’impôts mais qu’à cause de [insérer long procédé politique] elle n’en paya plus que Y l’an suivant, etc. Ce genre d’infos est intéressant pour se figurer le monde de l’époque, mais parfois, l’auteur nous abreuve de chiffres qu’on ne retiendra pas de toute façon. Je pense que cet aspect ne peut être apprécié pleinement que si l’on étudie en détails l’histoire du XIXe siècle.

Voilà ! Cette lecture a donc été très intéressante pour moi, même si je n’ai pas hésité à sauter quelques pages qui partaient trop dans les chiffres, et je suis contente d’être sortie de ma zone de confort pour tenter Le plancher de Joachim ! Il vous tente ?

Ma note : 18/20

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