Ode à une jolie librairie de Paris (et petit message derrière)

Hey ! Si je reviens vous parler ce soir, c’est parce qu’aujourd’hui, à Paris, près de la rue de Rivoli, j’ai pu découvrir une librairie assez sympa.

Les mots à la bouche, 6 rue Ste-Croix de la Bretonnerie,75004 Paris

Les mots à la bouche est une toute petite librairie, qui pourrait presque passer inaperçue parmi les grandes rue. Mais si l’on entre, comme je l’ai fait, on trouve aussitôt une ambiance très chaleureuse : les livres tapissent les murs, beaucoup d’entre eux sont accompagnés d’un papier de libraire qui donne son avis, façon coup de cœur. Je sais que pas mal de librairies font cela, mais dans celle-ci, on sent vraiment que les gens sont là par passion, qu’ils ont envie de partager leurs livres. Et la plupart de ces livres, ici, sont des romans abordant des thèmes LGBT+ (j’ai vu un certain nombres de livres traitant d’homosexualité, par exemple, et j’en ai d’ailleurs acheté deux : En route vers toi, de Sara Lövesteam, et Les amies d’Héloïse, de Hélène de Monferrand).

Et c’est là que l’on aborde le point qui me rend à la fois heureuse et furieuse.

Heureuse, parce que j’ai découvert un monde de romans LGBT+ dont je ne soupçonnais même pas l’existence, parce que j’ai donc noté plein de titres et qu’ainsi, j’ai de la lecture qui me sort de ma zone habituelle pour les prochains mois. Les mots à la bouche propose une grande diversité de romans sur le thème de l’homosexualité, allant de commentaires sur la psychanalyse freudienne jusqu’aux romances gays et lesbiennes, en passant par un livre dont la couverture stipule que l’homosexualité n’existe pas en Iran. Bref, un large panel, beaucoup de choix, j’adore cette librairie et je lui adresse un gros big up, si toutefois cette expression est encore utilisée en 2017.

Furieuse, parce qu’il a fallu attendre d’être dans cette rue, dans le prétendu « quartier gay » de Paris, pour que les auteurs aient un peu de visibilité. C’est un phénomène que j’avais déjà remarqué dans plusieurs librairies auparavant, et j’avais envie de vous en parler ici. Les auteurs de livres LGBT+ sont beaucoup trop invisibilisés dans nos librairies. Pourquoi faut-il aller dans le quartier « gay » pour trouver des romances lesbiennes, gays, des histoires qui mettent en scène des trans*, des personnages non-binaires ou des homos ? Soyons honnêtes, rares sont les lecteurs lambdas qui peuvent, aujourd’hui, citer plus de dix romans portant sur des thèmes LGBT+ (j’entends par là : des romances gays/lesbiennes, des récits des combats LGBT+, des romans où le héros/l’héroïne est homo (sans que toute l’histoire tourne forcément autour de ça), etc). Les œuvres les plus connues ? Will & Will, de John Green, seulement connu parce que l’auteur avait déjà une renommée avec TFIOS, ou Le bleu est une couleur chaude, a.k.a La vie d’Adèle, connu en grosse partie pour les nombreuses scènes sexuelles du film, pas du tout représentatives de la sexualité des lesbiennes. Pour beaucoup, la culture LGBT+ s’arrête là. On peine à citer dix auteurs de romance gay, alors que personne n’a ce problème pour les romances hétéros qui fleurissent dans les rayons de nos librairies.

Comme cette constatation m’a scotchée, j’ai cherché des explications : peut-être y a-t-il simplement moins de livres LGBT+, puisqu’il s’agit d’une minorité ? C’est en partie vrai : la parole se libère seulement depuis quelques années, le sujet a longtemps été tabou, et on l’aborde encore aujourd’hui avec des pincettes. De plus, comme les LGBT+ forment une minorité, les auteurs qui s’y intéressent sont un peu moins nombreux, ce qui se comprend. Cependant, après avoir vu tous les livres proposés par Les mots à la bouche, cette excuse ne me paraît pas valable : certes, il y a moins de livres LGBT+ que de livres « normaux » (je prends d’énormes guillemets, et je fais référence à la « norme » hétérocentrée et cisgenre de notre société, c’est juste parce que je ne sais pas comment expliquer mieux), mais il y en a quand même. Beaucoup. D’où vient alors qu’on ne voie aucuns de ces livres dans les librairies qui ne sont pas « spécialisées » (car Les mots à la bouche avait visiblement décidé de se spécialiser dans ce genre) ? Même chez nos géants de la culture, tels que la Fnac ou Cultura, on peine à trouver des œuvres qui mettent en scène des LGBT+. Moi qui suis une énorme liseuse de romances lesbiennes, parce que c’est le genre de romances qui me parle le plus, je dois toujours remuer ciel et terre pour en trouver. Un hétéro dans une librairie, cherchant une romance hétéro, n’aura pas ce problème. Je vise aussi la littérature érotique, trop souvent hétérocentrée dans les rayonnages : on nous décline 50 Shades à toutes les sauces (After, Calendar Girl et autres), mais avez-vous déjà vu beaucoup de librairies qui proposent également des romans érotiques gays et lesbiens ? Pourtant, ils existent. Ils existent, mais on les relègue au quartier gay, parce que : « du gay pour les gays, le reste du monde s’en fout ». J’ai vraiment l’impression que c’est la pensée dominante des géants du livre, et d’autres librairies.

Bien sûr, je comprends qu’une librairie cherche avant tout à vendre au plus grand nombre, qu’elle puisse avoir des contraintes fiscales qui l’empêchent d’acheter tous les livres qu’elle voudrait, par crainte de ne pas réussir à les revendre. Mais là, les livres LGBT+ n’ont même pas une chance, puisqu’ils sont totalement invisibilisés au profit des romances hétéros. L’idée me déplaît donc quand même : certains romans LGBT+ sont mieux écrits que d’autres romans du style 50 shades, et pourtant, on ne les verra jamais en vitrine. Outre le découragement que doit ressentir l’auteur(e), je trouve aussi que c’est un total échec culturel. Le but des livres, l’un des avantages que l’on leur reconnaît le plus facilement, le plus communément, cela a toujours été d’ouvrir l’esprit. Pourquoi alors oublie-t-on sous la poussière les livres qui auraient une chance de servir ce but ?

Tous les LGBT+ ne vivent pas au quartier gay de Paris, tous n’ont pas la chance d’avoir Les mots à la bouche près de chez eux. Partout en France, dans les villes dans les campagnes sur les réseaux sociaux, il y a des jeunes et des moins jeunes qui peuvent se sentir isolés, peut-être bizarres. Peut-être qu’ils ont l’impression d’être seuls à vivre leur homosexualité, leur transidentité, qu’ils ne soupçonnent peut-être même pas. Les livres apportent la connaissance. Et ces gens-là, dont j’ai aussi fait partie pendant plusieurs années, on les laisserait dans l’ombre, on les priverait de représentations d’eux-mêmes dans la culture, on leur dirait « mais si, c’est le XXIe, tu peux t’affirmer » tout en les écartant systématiquement des projecteurs, tout en les invisibilisant ? Un message assez contradictoire, non ?

Ensuite, je pense à l’ouverture d’esprit : aujourd’hui, en France, il y a encore malheureusement de sérieux problèmes d’homophobie, de transphobie, etc (pour les sceptiques, direction le tumblr de Paye ta Shnek). Par les livres, les films, la culture en général, on peut lever des tabous, sensibiliser, faire comprendre aux gens que les LGBT+ ne sont pas différents d’eux et avancer vers une société meilleure. Il m’arrive de lire des romances hétéros alors que pour ma part, je ne suis pas concernée. Pourquoi un(e) hétéro ne trouverait-iel pas aussi son compte dans les romances LGBT+ ? Quant aux ouvrages qui expliquent, qui sensibilisent, qui racontent un combat, pourquoi n’intéresseraient-ils que les LGBT+ ? Je ne suis pas racisée, et pourtant, je suis capable de m’intéresser aux combats contre le racisme. C’est la même chose.

Voilà pourquoi il est pour moi tout à fait stupide et injuste de continuer à reléguer les thématiques LGBT+ au placard. Les gens sont capables d’empathie, ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas directement concernés par quelque chose qu’ils ne s’y intéresseront pas. Et les générations futures ont besoin de représentations, elles ont besoin de pouvoir s’identifier à des personnages de livres, de sentir qu’elles ne sont pas seules. Faut-il rappeler que les jeunes LGBT+ commettent en moyenne quatre fois plus de suicides que le reste de la population ?

En attendant que les choses changent, voici certains auteurs et artistes LGBT+ qui gagneraient à être connus :

Et vous, quels sont vos dix auteurs/artistes ?

Voilà pour cet article, c’était vraiment un sujet qui me tenait à cœur, et je serais vraiment heureuse si un maximum de monde pouvait lire ça et y réfléchir un peu. Les choses doivent changer, et c’est à nous de nous bouger pour avoir les améliorations dont nous avons besoin. (Je précise quand même que je n’ai pas du tout l’habitude de faire des discours aussi longs, ni sur des sujets aussi complexes. Donc, si un terme vous paraît maladroit, mal dit, n’hésitez pas à me le faire poliment savoir dans les commentaires, et je corrigerai :))

De bonnes lectures !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *